Sur ce rayon, vous trouverez une sélection d'ouvrages portant sur l'Antiquité — romans, essais ou autres — qui nous ont plu (ou déplu).
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Note : ⭐⭐⭐⭐⭐
Décidément, les histoires dans lesquelles un personnage traverse les époques ont la cote dans les romans historiques actuels (qu'on songe par exemple à La mémoire du monde de Stéphanie Janicot ou aux Chroniques d'un dieu boiteux de Joan-Lluís Lluís). Ici, c'est un homme borgne, sans mémoire et sans nom (du moins pendant une grande partie du récit) qui semble avoir été puni par les dieux pour on ne sait quelle raison (dévoilée au moment opportun). De façon répétitive et à différentes époques, donc, le héros malheureux de cette histoire est projeté en pleine guerre, succombe à une mort violente et se réveille entre deux mondes, puisqu'il n'a pas de quoi payer le Passeur pour aller aux Enfers (d'où le titre). On n'en dira pas davantage pour ne pas divulgâcher l'intrigue.
Franck Ferric s'est appliqué à rendre chaque époque dans les détails. Pour la description d'un champ de bataille de l'époque romaine (p. 21-23), il s'est peut-être en partie inspiré d'un fameux passage de Tacite (Annales I, 61).
On pourrait craindre l'ennui causé par la répétition de l'intrigue, mais l'auteur, à mon sens, se montre suffisamment habile pour varier les plaisirs, et la progression de l'histoire est sensible après chaque retour auprès de Charon.
Les détails surabondent un peu inutilement dans certaines descriptions, mais l'écriture est globalement de bonne qualité.
Extrait d'une rencontre du héros avec un vieil homme aigri (p. 37): "Les dieux m'en veulent. Ils en veulent aux hommes qui, trop heureux ou trop amers, deviennent oublieux dans leurs prières. Mais, quoi qu'ils en pensent, je vais rester ici. Maintenant je suis vieux et je le dis: la ville est pour les filous. La mer pour les aventuriers. La route pour les brigands. Le champ est l'unique lieu décent pour l'homme honnête. Il n'y a que dans mes champs que je me trouve encore une inclination à rester en vie."